i-syrene

i zazavavindrano

29 février 2008

Isekely, Mahaleo.

Isekely : mon petit toi, ma petite toi.
Premier amour, précieux et fou, qui met du soleil et de la joie, dans le coeur bien sûr, dans la rue*, dans la ville, dans le monde**.

Isekely : petit chéri, petite chérie.
Isekely : petit toi chéri, petite toi chérie.
Douceur de ma vie, lune, étoile qui brille dans la nuit.
Je vois défiler les escaliers d'Ambanidia, un quartier de Tananarive. Jeux de lumières sur les marches de pierre, ombres mouvantes, herbes folles. J'ai 7 ans ? Je quitte l'école Polichinelle et vais chez ma grand-mère. Elle est là : maison verte, feuillue de chouchoutes, bordée de bananiers, ombres mouvantes, lumière dansante sur son sourire surligné.

Isekely.
Tant de tendresse dans ce nom : ombres et lumières, pluie de pétales, floraison.
A Rennes les magnolias sont en fleur, et les mimosas. Les cerisiers rosissent à peine. Le ciel est gris pourtant, rien d'autre ne ressemble au printemps.

* Appartion, Stéphane Mallarmé
[...]
J’errais donc, l’œil rivé sur le pavé vieilli
Quand avec du soleil aux cheveux, dans la rue
Et dans le soir, tu m’es en riant apparue.
Et j’ai cru voir la fée au chapeau de clarté
Qui jadis sur mes beaux sommeils d’enfant gâté
Passait, laissant toujours de ses mains mal fermées
Neiger de blancs bouquets d’étoiles parfumées.

** Je t'aime parce que tu es belle, d'après une sérénade traditionnelle. Aristide Moschos
[...]
Σ'αγαπώ γιατί εισ'ωραία
Σ'αγαπώ γιατί εισ'εσύ
Κι αγαπώ όλο τον κόσμο
γιατί ζεις κι εσύ μαζι.

Je t'aime, parce que tu es belle
Je t'aime parce que tu es toi
et j'aime le monde entier
parce que tu y vis

[...]

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Routes

Emportez-moi...

Emportez-moi,
emportez-moi ô mes pieds miens-ci,
afin de rejoindre cette route,
cette route là-bas qu'abritent
les feuilles mouvantes et touffues à la fois :
il y a longtemps que je n'ai vu
mon père et ma mère.

Flavien Ranaivo, "Retour au bercail", 1962


Donc j'ai marché. J'ai marché. Sur cette route, et cette autre, et d'autres encore puisque les routes se suivent et se ressemblent. Bordées de peupliers  - sans doute, de platanes, de marronniers. Asphaltées, pavées, droites ou sinueuses, tortueuses.
Aurais-je tourné en rond ?
J'ai changé d'hémisphère - sans doute, puisque les arbres ont changé, la route a changé, le ciel a changé, et le vent s'est mis à m'accompagner. Le vent, les vents, devant, derrière, de travers, brouillant mes idées, déviant mon itinéraire. Et me revoilà, là.
Aurais-je tourné en rond ?
Je n'ai revu ni mon père, ni ma mère.
Je marche encore. Le nez dans le col, les yeux sur le pavé, me protégeant du vent. Du vent, du vent debout, debout les poings devant, du vent d'ici qui boxe, et j'esquive, qui boxe, et je feinte, qui boxe ; et je recule.
Je n'ai revu ni mon père, ni ma mère.
Combien de routes pourtant ?
Combien de routes encore ?

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18 février 2008

Imaitsoanala

Imaitsoanala : verte en la forêt.
Ce nom m'a toujours fait rêvé : Imaitsoanala, et surgissait la forêt justement, verte, dense, drue.
Imaitsoanala, et surgissait la soif des cimes, l'élan vers la lumière, là-haut, là-bas, vers où tendent les arbres.
Imaitsoanala.

Imaitsoanala : celle de la forêt verte.
Je l'imagine chevelue, cheveux emmêlés de fougères et d'orchidées. Peut-être même de nids d'oiseaux ?
Je l'imagine fine et souple tendue vers les cimes.
Je l'imagine marchant sur ces cimes, petit buisson aux yeux de braises.

Imaitsoanala : verte en la forêt verte.
Corps de palissandre et de bois de rose. Membres de lianes pour grimper les 30 mètres qui la séparent du ciel. Cheveux de sous-bois. Yeux de braises.

Imaitsoanala : fille de Vorombe, la mère-oiseau.
Fille-oiseau donc, fille-fleur, fille-arbre.
Fille-forêt.
Imaitsoanala.

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09 février 2008

Plumes rebelles - Café littéraire "Madagascar, 1947", 3 février 2008 à Rennes

Madagascar, 1947, un livre de Jean-Luc Raharimanana.

Un épisode de l'histoire franco-malgache que je ne connais pas, ou peu. Souvenir de mon grand-père Charles Raoninarivo en larmes le 29 mars de chaque année ; larmes bouleversantes pour la petite fille que j'étais, venant d'un homme si grand, si fort. Souvenir du seul récit que j'en ai entendu : séjour en prison, parmi les rats ; les rats, concurrents des maigres gamelles, les rats prédateurs des maigres prisonniers, les rats, terreur des hommes qui se relayaient pour monter la garde et ne pas se faire bouffer.

Café littéraire avec Jean-Luc Raharimanana, puis lecture de son livre, pour en savoir plus. Que savoir de plus ? Bataille sur le chiffre des morts, jamais recensés : 10 000 à 30 000 pour l'ancienne métropole, 100 000 à 300 000 pour l'ancienne colonie. Bataille sur le terme employé pour parler de 1947 : pacification pour l'une, insurrection pour  l'autre... Et puis ? Le nombre de tués pour légitimer la définition de ce qui s'est passé : pacification d'une population turbulente, ou insurrection d'un peuple colonisé ? Et  puis ? Le nombre de tués pour légitimer l'importance accordée à ce qui s'est passé : un détail dans l'histoire de France, un gouffre dans la mémoire malgache ? Et puis ?

Je reste sur mes questions, une boule au ventre. Un gouffre de mémoire, c'est peuplé de fantômes, c'est peuplé de rumeurs, c'est peuplé de terreurs. Je repense à mon grand-père, Dadabé Charles Raoninarivo, qui avait peur de mourir la nuit, alors, la nuit il veillait, et le jour il dormait. Qui veillait-il ? Dites, qui veillait-il ? ou bien montait-il la garde encore une fois ? Les grouffres de mémoire, ça doit être plein de rats...   

Café littéraire + lecture du livre = je n'en sais pas plus. J'ai une boule au ventre, donc, et un gouffre qui s'est ouvert dans mon dos. Y descendrai-je ?

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06 février 2008

Olari Elts dirige l'Orchestre de Bretagne - Schubert / Bério, 5 février 2008

Revoilà Olari Elts, chef d'orchestre magicien disais-je dans mon ancien blog.
Olari Elts qui dirige l'Orchestre de Bretagne avec tout sons corps.
Un corps qui semble mu par la musique, comme un champ d'herbes par le vent. Comme ces nappes d'étourneaux qui tournoient dans le ciel rennais en automne, mouvement d'ensemble, ample, gracieux, enivrant.
Puis, il devient danseur, mime, acteur de ciné-concert dont les postures se fondraient dans la musique. Il joue la musique avec son corps. Ses mains volent au-dessus de sa tête, ses doigts sont ailés, ses bras tout entiers battent la mesure parfois. Il se penche, il se baisse, s'accroupit presque sous son pupitre. Puis il s'appuie, rêveur, sur la rembarde de son estrade, comme une princesse pâmée...
Il y a des airs de cartoon dans la façon dont dirige Olari Elts, des airs de Chaplin, et un plaisir de la musique drôlement contagieux. Le public a ri. Puis l'a acclamé. Vivats, sifflements, et bis. Salut, re-salut. Et fin.
La partition aussi a salué. Pour ceux qui y étaient, n'avez-vous pas trouvé que ça ressemblait au salut de Chaplin après la danse des petits pains ?

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01 février 2008

i-syrene

Loharano-mamy : source d'eau douce.
Drôle de nom pour une fille des villes. J'aurais dû naître fille des montagnes, ou fille des rizières : la première source que j'ai vue était au creux d'une rizière, dans les environs de Tananarive donc. Au creux d'une rizière, au coin de 2 diguettes, discrète, limpide.
Etait-elle habitée par une zazavavindrano ?
Je m'y suis regardée, étonnée de voir à mes pieds la réalité de mon prénom.

Loharano-mamy : source d'eau douce.
Ici à Rennes, eau de Plancoët sans doute :-)
Ici à Rennes, habitée par l'i-syrene, celle qui vous accueille à la sortie du TGV : "Rennes, i-syrene, assurez-vous de n'avoir rien oublié avant de descendre du train."

I-syrene : sirène des eaux virtuelles, sirène des eaux imaginaires, sources embouteillées, rivières déviées, fleuves à grande vitesse. Sirène qui  hante mon prénom pour lui rappeler son origine : le creux d'une rizière, au coin de 2 diguettes.

Posté par isyrene à 13:30 - racontar - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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