08 mars 2008
Eté
respire l'odeur de l'encre et du bois mort qui crépite
des pétales doux
des larges traits de pluie
l'odeur des pierres mouillées
du vent qui souffle les nuages...
écoute nos voix comme dans un coquillage
nos voix comme ces nèfles ventrues dorées de ciel d'été
nos voix comme ces rizières ondulantes encore vertes
nos voix qui soufflent les nuages
écoute comme la source aux aguets
le chemin de terre...
je t'entends rire rire
grenades éclatées en mille grains translucides
insectes bleus et dorés qui crissent sous le vent
je t'entends rire
midi est blond et brûle
mille failles
le ciel de mosaïque
rire
la mer se retire
la plage est lisse et nue
l'odeur de l'herbe jeune et du foin coupé et des embruns longs comme des cheveux
je sens ton rire trembler aux bord des yeux
mettre des fruits aux arbres
des couleurs sur les troncs
des vagues
je sens ton rire me bousculer et forcer le passage
ton rire
au bras des fées qui imperceptiblement scintillent
Musique
Flûtistes
Ta flûte,
tu l'as taillée dans un tibia de taureau puissant
et tu l'as polie sur les collines arides
flagellées de soleil ;
sa flûte,
il l'a taillée dans un roseau tremblotant de brise
et il l'a perforée au bord d'une eau courante
ivre de songes lunaires.
Vous en jouez ensemble au fond du soir,
comme pour retenir la pirogue sphérique
qui chavire aux rives du ciel ;
comme pour la délivrer de son sort :
mais vos plaintives incantations
sont-elles entendues des dieux du vent,
et de la terre et de la forêt,
et du sable ?
Ta flûte
tire un accent où se perçoit la marche d'un taureau furieux
qui court vers le désert
et en revient en courant,
brûlé de soif et de faim,
mais abattu par la fatigue
au pied d'un arbre sans ombre,
ni fruits, ni feuilles.
Sa flûte
est comme un roseau qui se plie
sous le poids d'un oiseau de passage -
non d'un oiseau pris pas un enfant
et dont les plumes se dressent,
mais d'un oiseau séparé des siens
qui regarde sa propre ombre, pour se consoler
sur l'eau courante.
Ta flûte
et la sienne -
elles regrettent leurs origines
dans le chant de vos peines.
Jean-Joseph Rabearivelo, Presque-Songes.