23 mars 2008
Chagrin d'amour, 1994
Lui, c'était le Prince des Lys.
Moi, rêveuse aux poches crevées.
Il revenait de voyage, la Méditerrannée était sa maison.
J'étais là, assise à côté de lui dans ce car qui nous emmenait au sud de la Crète...
Lui, c'était le Prince des Lys.
Un vrai talent de tchatcheur. Un vrai don d'écriture.
il m'a écrit, à moi la rêveuse aux poches crevées. Il m'a écrit la mer et le sable dont il avait compté tous les grains, depuis si longtemps qu'il voyageait ! Il m'a écrit la vie, et l'amour, et l'ailleurs, le loin là-bas où tout se dit avec d'autres mots, d'autres rythmes, d'autres musiques. Il m'a écrit des lettres que je guettais avec, avec, tout ce qu'une rêveuse aux poches crevées peut mettre dans cette attente.
Le Prince des Lys.
Nous nous sommes revus un dimanche après-midi.
Il m'a montré. Montagnes venues des temps mythiques, mer qui n'a pas changé depuis Thésée, et le sable dont il avait compté tous les grains, depuis si longtemps qu'il voyageait... Il m'a montré : la mer sur les galets, caressante, le vent sur les galets, le soleil immense et la vie si simple semblait-il.
Puis il m'a fait monter, dans un paradis tapissé de bouteilles d'ouzo qui dévergonde, paraît-il, les filles un peu rêveuses. Plus de ciel soudain, plus de mer, plus de vent. Plus rien que le verre qu'il me tendait. Mais, le Prince des Lys ?
Le Prince des Lys ?
Il est à Knossos sur un mur depuis 3500 ans, il ne fait rien d'autre que de regarder les passants !
Je me suis échappée par la fenêtre.
j'ai jeté un regard sur les montagnes, sur la mer, sur le vent.
j'en aurais bien pris plein mes poches, mais elles étaient crevées.
N'empêche, que j'en ai gardés plein mes pensées...