15 avril 2008

Passer le fleuve

Passer le fleuve et laisser derrière toi les bruits de la ville, les commerces, la frénésie des jours.
Passer le fleuve...

Fleuve rouge charriant la latérite, terre emportée par les pluies diluviennes, terre mêlée à l'eau jusqu'à la mer...
Fleuve asséché par les étés arides, bu par la terre assoiffée, ride profonde bordée de ronces et de figuiers...
Fleuve gris tumultueux, gros des pluies de printemps, harnaché de ponts de fer ouvragé sur lesquels nous passons...

Passer le fleuve.
Ticket de tram pour obole, passer le fleuve. Charon n'est plus, mais de l'autre côté, toujours, plus de félicité. De l'autre côté !

Passer le fleuve et laisser derrière moi les murs de la ville, les murs qui barrent le ciel, les murs qui bouchent les passages, passer le fleuve !
Fleuve infesté de crocodiles garde-frontières, hérissé de rochers-miradors, se jetant dans l'abîme...
Fleuve bordé de guinguettes où danser toutes les nuits, joue contre joue, chagrins se consumant dans les lampions...
Fleuve ondulant jusqu'à la mer, jusqu'à la mer...

De l'autre côté : que de félicité...
Une glycine s'appuie contre le ciel, un magnolia, un chèvrefeuille. Le soleil brûle. Tout le printemps semble concentré là, sur ce carré d'herbes folles fleuries de pâquerettes et de boutons d'or. Tous les printemps : passés et à venir.

Je passerai le fleuve.
Tous les soirs, passagère clandestine sans ticket de tram.
Tous les soirs, pour dormir aux côtés du printemps...
Je passerai le fleuve... 

Posté par isyrene à 16:50 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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