16 avril 2008

Faire kiffer les anges, documentaire de Jean-Pierre Thorn

« Depuis quinze ans - du Bronx aux Minguettes - dans des villes et leurs banlieues, s'est imposé un mouvement artistique rebelle, le « hip-hop » qui à travers  graffs, rap et danse permet à une jeunesse exclue de dire: j'existe!.
Qui sont les danseurs de ce « mouv » ? Leurs parcours, leurs rages, leurs rêves, leurs espoirs ? Qu'est-ce qui fait que toute une génération - qui se vit comme « grillée » - se reconnaît dans l'énergie particulière de cette culture ?
D'où vient la beauté sauvage de ce langage des corps (inventé sur des cartons à même le sol) passant aujourd'hui de la rue à la scène et bousculant tous les codes de la danse contemporaine?
Un voyage initiatique à travers les paysages lunaires - friches industrielles, caves, cités, centres urbains anonymes - à la rencontre de quelques-uns des personnages de cette aventure pour restituer une parole véritable - intime - à tous ceux que l'on n'entend plus d'ordinaire qu'à travers le prisme déformé des médias, lorsque brûle la banlieue au journal de 20 heures. »
Jean-Pierre Thorn, novembre 1996.

Dire avec le corps. Dire avec la peau. Dire en tenant compte de la dureté et de la densité du sol, de l'espace disponible, de son centre de gravité. Dire. Et ce qui est dit là me saute au visage, pas seulement aux oreilles, mais aux yeux, au ventre, au passé. Donc il se pourrait que j'invente, moi aussi, un langage qui soit mien, en partant de rien. en partant des tours qui barrent l'horizon, en partant des dalles qui nous séparent de la terre, en partant des portes fermées du centre ville.
Moi je ne sais pas danser. Je ne sais pas dire avec mon corps, je ne sais pas dire avec ma peau.
Moi je dis :

Elle est là.

Dans la forêt de tours.

Si loin de la forêt tropicale.

Au pied des troncs de béton qui laissent passer le ciel.

Et la lumière.

Et le vent.

Qui les amarrent à la dalle.

Elle est là.

Les pieds plantés dans le ciment aride, elle s’enroule au ciel, à la lumière. Et au vent.
Elle s’enroule à ce qui danse entre les tours, à ce qui bouge, à ce qui passe.

Puisque la terre est trop loin dessous la dalle.

Et la forêt tropicale inaccessible aux trains de banlieue.

Puisque dans la cité rien ne pousse.

Rien ne s’enracine.

Mais elle est là. Dans sa forêt de tours.

Sa forêt de ciel, de lumière et de vent.

Sa forêt d’exil.

Posté par isyrene à 15:49 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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