i-syrene

i zazavavindrano

15 avril 2008

Passer le fleuve

Passer le fleuve et laisser derrière toi les bruits de la ville, les commerces, la frénésie des jours.
Passer le fleuve...

Fleuve rouge charriant la latérite, terre emportée par les pluies diluviennes, terre mêlée à l'eau jusqu'à la mer...
Fleuve asséché par les étés arides, bu par la terre assoiffée, ride profonde bordée de ronces et de figuiers...
Fleuve gris tumultueux, gros des pluies de printemps, harnaché de ponts de fer ouvragé sur lesquels nous passons...

Passer le fleuve.
Ticket de tram pour obole, passer le fleuve. Charon n'est plus, mais de l'autre côté, toujours, plus de félicité. De l'autre côté !

Passer le fleuve et laisser derrière moi les murs de la ville, les murs qui barrent le ciel, les murs qui bouchent les passages, passer le fleuve !
Fleuve infesté de crocodiles garde-frontières, hérissé de rochers-miradors, se jetant dans l'abîme...
Fleuve bordé de guinguettes où danser toutes les nuits, joue contre joue, chagrins se consumant dans les lampions...
Fleuve ondulant jusqu'à la mer, jusqu'à la mer...

De l'autre côté : que de félicité...
Une glycine s'appuie contre le ciel, un magnolia, un chèvrefeuille. Le soleil brûle. Tout le printemps semble concentré là, sur ce carré d'herbes folles fleuries de pâquerettes et de boutons d'or. Tous les printemps : passés et à venir.

Je passerai le fleuve.
Tous les soirs, passagère clandestine sans ticket de tram.
Tous les soirs, pour dormir aux côtés du printemps...
Je passerai le fleuve... 

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18 mars 2008

Ailes

ailes, elle a ouvert mes ailes
elle a soufflé le vent et il m'a emportée
elle a ouvert le ciel et il m'a aspirée
haut dessus la ville grise, la ville bétonnée, la ville amarrée

ailes
elle a réveillé l'oiseau qui dormait en moi
l'oiseau de mon enfance, l'oiseau de mes rêves de ciel et de vent, l'oiseau
qui pépiait faiblement quand je restais à quai les semelles collées
au bitume les semelles
plombées

ailes elle a dit "volons", et je vole
haut dessus la place dallée, haut
dessus les arbres encagés haut haut haut
parmi mille oiseaux qui se fichent de savoir si demain il fera beau
si demain la vie sera moins chère
si demain...
aujourd'hui le ciel est grand et le vent fait des vagues et mes ailes
m'emportent et au-dessus du quai
je sais qu'on peut voler
bien au-dessus du quai...

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15 mars 2008

Sy ny masoandro hanenika ny fo

Sur la route que je suivrai
l'amour ira à grandes enjambées
et le soleil baignera mon coeur...

et la soleil baignera mon coeur !

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10 mars 2008

Printemps

Ma chair est un oiseau endormi
ma peau est étoilée
la musique est drue à chacun de mes pas
ma bouche a un goût de brasier
mes mains s'enflamment, rousses
mon coeur crépite
                                                       viens
le vent se deshabille
et le ciel s'empourpre
ce crépuscule de soie comme un lit de hasard
ce frisson dans le soir

Ma chair est un oiseau endormi
la nuit est un grand lit de plumes
la lune un réverbère

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06 mars 2008

Pour Lura

Il est des chansons...

Avez-vous entendu
la chanson mélodieuse que chanta
par un soir
nulle voix harmonieuse d'aucun pays
et qui berça jusqu'à l'aube
l'homme-aux-rêves-d'argent
penché sur le fleuve sans nom ?

Flavien Ranaivo, L'ombre et le vent

Oui, je l'ai entendue, la chanson mélodieuse, ici et là, et là-bas.
J'ai bien-sûr cru qu'elle était de sirène.
J'ai aussi cru qu'elle n'était que le vent. Le vent qui souffle et éteint la flamme, le vent qui souffle et rallume les braises.
J'ai encore cru qu'elle était souvenir, berceuse chantée par une femme aimante, autrefois, où ? quand ? qui ?
Donc, je l'ai entendue. Penchée sur la Seine, penchée sur le fleuve sans nom... penchée. Regardant les longs rubans de lumière danser dans l'eau.

Fallait-il vivre le poème ?

Sensation

Par les soirs bleus d'été, j'irai par les sentiers
Picoté par les blés, fouler l'herbe menue
Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds
Je laisserai le vent baigner ma tête nue

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien
Mais l'amour infini me montera dans l'âme
et j'irai loin, très loin, comme un bohémien
Par la nature, heureux, comme avec une femme.

Arthur Rimbaud

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19 janvier 2008

Ce soir

Le ciel, ce soir

est une pomme nue

  la lune à mon chevet me berce d’insomnie

   et la ville, fardée

    aux longs bas de bitume,

     se balance, doucement, comme un océan saoul.

Le ciel, ce soir

est une pomme brune

  combien de soirs depuis l’autre ciel

   combien de matins ployant sous le joug des jours

    qui dévêtent toujours la ville aux cernes gris

combien de nuits d’insomnie, étales

cachant sous le khôl l’absence des étoiles

combien de jours chavirés par-dessus bord ?

Je ne sais,

Je m’en fiche !

Mon corps est âcre et crisse comme ce ciel et ce soir mal mûris.

Posté par isyrene à 12:20 - berceuse - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

17 janvier 2008

La nuit

La nuit a glissé sur la ville.

Tout doucement, sans faire de bruit.

Elle l’a enveloppée d’un halo doré, moelleux comme un baiser.

Elle a allumé les réverbères, les lampadaires, les néons, les enseignes, les vitrines.

Elle a lustré les avenues, les boulevards.

Elle a mis du velours dans les yeux de ceux qui déambulent entre ses bras immenses,

Et elle les a enivrés, simplement enivrés.

La nuit a glissé sur la ville

Tout doucement, sans faire de bruit.

Elle lui a soufflé un air de fête, mezzo voce,

Clarinette et bandonéon,

Et l’a fait rire, dans les théâtres et les cafés.

Elle a versé des bulles dans les yeux des joyeux noctambules qui dansent entre ses bras immenses.

Et elle les a embobinés, complètement embobinés.

La nuit a glissé sur la ville,

Bas de velours et des lumières à chaque doigt.

Mais moi, je me suis mise à trembler sous la lune couchée.

La nuit s’est mise à chalouper dans les rues de la ville, fourreau de soie et catogan de ténèbres.

Mais moi, je me suis mise à gémir sous les étoiles mouchées.

La nuit s’est mise à courir, à sauter, à danser sur les murs de la ville, pattes de chat, gestes de pantomime, dentelles sous la fourrure brillantinée.

Mais moi je me suis mise à hurler sous le ciel trop obscur.

La nuit s’est approchée, museau poudré, rire humide, voix d’outre-rêve, claire pourtant, les yeux pailletés d’un brin de cruauté.

Et moi, je me suis retirée, loin, au-dedans de moi-même.

Elle a tendu vers moi ses griffes de lumière, a touché mon cœur qui palpitait encore, a déchiré d’un coup mon costume de monstre. Et puis elle est partie.

Elle a repris sa route, bas de résilles et gants de soie, les dentelles défaites, le sourire enjôleur, la belle, montrant ses épaules d’aurore.

Posté par isyrene à 17:48 - berceuse - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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