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06 mai 2008

Myth, Sidi Larbi Cherkaoui, 30 avril 2008 à Rennes

Pour Lura.
Danse avec les ombres, danse avec tes ombres. Voilà ce que ce spectacle m'a dit.
Les ombres : plurielles, multiples, profuses.
Les ombres : polyglottes et chantantes.
Les ombres : joueuses, taquines, moqueuses. De nous si grossiers quand nous nous détachons d'elles, mufles apeurés.
Elles grognent, elles dansent, elles pleurent. Elles accompagnent. Glissent sur le sol quand nous fendons l'air. Insaisissables.
Elles réparent et elles consolent aussi. Quand nous nous retrouvons seuls, seuls dans nos folies, dans nos lâchetés, dans nos solitudes. Elles nous apprivoisent.
Les ombres : elles se défendent quand nous les attaquons, à coup de crucifix, à coup de livre, à coup de pieu. Les ombres : solidaires entre elles. Elles ne nous jugent pas.
Les ombres : danseurs magnifiques vêtus de noir, chanteurs, qui murmurent, qui caressent, qui donnent corps à la musique de Micrologus, musique métisse, arabo-andalouse, byzantine, italienne et espagnole, méditerranéenne du temps des brassages et des guerres entre chrétiens et musulmans.

La musique de Micrologus : quelle merveille... Quelle autre musique pour accompagner les contorsions des ombres ?

J'ai vu une version tronquée du spectacle : le 30 avril, il manquait une danseuse. Et une version complète, le 2 mai, avec la psychanalyste rousse, donc. J'ai préféré la version tronquée. Moins de paroles, plus d'émotion.
Emotion : les ombres me couraient sur le dos, sur les bras, ou étaient-ce mes propres ombres qui se sentaient appelées par la musique ? Qui cherchaient à sortir et monter sur la scène, tournoyer et danser, comme on ne peut dans la vie ? Dieu ! Danser et faire danser ce qui est nuit en moi, ce qui est nocturne, sombre. Ce qui est effrayant, et ce qui est effrayé. Danser et faire danser !

Posté par isyrene à 11:12 - danse - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

16 avril 2008

Faire kiffer les anges, documentaire de Jean-Pierre Thorn

« Depuis quinze ans - du Bronx aux Minguettes - dans des villes et leurs banlieues, s'est imposé un mouvement artistique rebelle, le « hip-hop » qui à travers  graffs, rap et danse permet à une jeunesse exclue de dire: j'existe!.
Qui sont les danseurs de ce « mouv » ? Leurs parcours, leurs rages, leurs rêves, leurs espoirs ? Qu'est-ce qui fait que toute une génération - qui se vit comme « grillée » - se reconnaît dans l'énergie particulière de cette culture ?
D'où vient la beauté sauvage de ce langage des corps (inventé sur des cartons à même le sol) passant aujourd'hui de la rue à la scène et bousculant tous les codes de la danse contemporaine?
Un voyage initiatique à travers les paysages lunaires - friches industrielles, caves, cités, centres urbains anonymes - à la rencontre de quelques-uns des personnages de cette aventure pour restituer une parole véritable - intime - à tous ceux que l'on n'entend plus d'ordinaire qu'à travers le prisme déformé des médias, lorsque brûle la banlieue au journal de 20 heures. »
Jean-Pierre Thorn, novembre 1996.

Dire avec le corps. Dire avec la peau. Dire en tenant compte de la dureté et de la densité du sol, de l'espace disponible, de son centre de gravité. Dire. Et ce qui est dit là me saute au visage, pas seulement aux oreilles, mais aux yeux, au ventre, au passé. Donc il se pourrait que j'invente, moi aussi, un langage qui soit mien, en partant de rien. en partant des tours qui barrent l'horizon, en partant des dalles qui nous séparent de la terre, en partant des portes fermées du centre ville.
Moi je ne sais pas danser. Je ne sais pas dire avec mon corps, je ne sais pas dire avec ma peau.
Moi je dis :

Elle est là.

Dans la forêt de tours.

Si loin de la forêt tropicale.

Au pied des troncs de béton qui laissent passer le ciel.

Et la lumière.

Et le vent.

Qui les amarrent à la dalle.

Elle est là.

Les pieds plantés dans le ciment aride, elle s’enroule au ciel, à la lumière. Et au vent.
Elle s’enroule à ce qui danse entre les tours, à ce qui bouge, à ce qui passe.

Puisque la terre est trop loin dessous la dalle.

Et la forêt tropicale inaccessible aux trains de banlieue.

Puisque dans la cité rien ne pousse.

Rien ne s’enracine.

Mais elle est là. Dans sa forêt de tours.

Sa forêt de ciel, de lumière et de vent.

Sa forêt d’exil.

Posté par isyrene à 15:49 - danse - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

01 mars 2008

Israel Galvan,La edad de oro, 8 février 2008 à Rennes.


Photo tirée du site d'Israel Galvan.

Flamenco.
Danse, sensualité provocante, poses lascives. Carmen ?
Fierté de torero, orgueil de matador. Don Juan ?
Facéties, malice, sourire en coin, complice.
Et les pieds qui frappent, qui sonnent, qui volent : rythmes du coeur, du désir, de la parade amoureuse ; bruit du corps qui tombe et rebondit, qui tombe et se relève, qui tombe et virevolte, fier, ailé.

Flamenco.
Voix qui devient steppe, aride, sensible aux vents venus de la mer ou du désert, de l'orient, de l'océan, de l'exil et de l'amour.
Voix qui chante une tristesse qui rentre dans la peau.
Vox qui appelle, qui appelle.

Flamenco.
Guitare et évasion. L'esprit s'en va vers des contrées que je ne connais pas. L'Andalousie ressemble-t-elle à la Grèce, montagnes sèches et maisons blanches ombragées par les bougainvillées ? Qu'importe...
Importe le voyage, le tempo, et l'envol. La griserie au bras du désespoir.

C'était beau, c'était beau !

Posté par isyrene à 12:42 - danse - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

29 janvier 2008

Ballet Preljocaj, les 4 saisons. 19 janvier 2008, Rennes.

Des filles, des garçons. Qui se sourient, se regardent, se frôlent, s'enlacent. Qui jouent, comme jouent les enfants, à l'amour, à la séduction.

Légèreté du ton, pas de leçon de morale ici, ni de traité de sociologie. Du jeu, rien que du jeu. C'est récréatif et jouissif. Des garçons, des filles. Qui glissent de l'un à l'autre, sans distinction de genre, sans distinction de nombre. Solo, duo, trio ou grand jeu collectif. Au féminin, au masculin, au pluriel. Tout est possible dans le jeu...

A la sortie, tout sourire. Et je me mets à rêver d'une société qui nous laisse un peu plus jouer. Jouer à l'amour et à la séduction, jouer aux relations humaines. Et glisser des uns aux autres, sans distinction de genre, sans distinction de nombre, de race, de religion... sans distinction aucune.

Posté par isyrene à 18:02 - danse - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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