07 mai 2008
La belle aux longs cheveux
Que ce soit Imaitsoanala ou Ranoro, les belles des contes malgaches ont de longs cheveux. De longs cheveux que j'imagine reflets parfaits de leur habitat d'origine. Imaitsoanala a des cheveux de jungle, Ranoro de fonds marins. Cheveux fantasmés aux sortilèges innombrables, rappels de l'obscurité des sous-bois, rappel du silence de la mer.
La belle aux longs cheveux donc, celle-ci, n'épousa pas un roitelet malgache. Elle épousa un coopérant. Grand, blanc, venu de loin. Reparti au loin, emportant dans ses bagages la belle et ses cheveux. Cheveux du bout du monde, cheveux huilés et tressés, cheveux parfumés qui diffusaient des rêves de princesses lointaines, de fées des forêts vierges, de sorcières apprivoisées par de beaux chevaliers servants.
10 années sont passées. De beaux enfants sont nés.
Un matin de printemps, la belle aux longs cheveux a eu un coup de blues : tout ce ciel par ses fenêtres ! tous ces oiseaux dans ce ciel ! Où étaient sa forêt et sa mer ? Dans ses cheveux, dans ses cheveux ! Elle les a dénoués, elle les a déroulés, mais n'y a rien trouvé... Elle les a fait couper.
Depuis, elle va, elle vient, entre les 2 pays, cheveux courts dans le vent.
Plus de sortilèges, plus d'enchantements.
Elle, rien qu'elle.
16 avril 2008
Gerakas limeni, été 2008
je rêve
alors je laisse mes phrases ouvertes, sans barrières
je rêve
les méduses grises seront au rendez-vous, les enfants qui plongent, qui crient, qui rient
le soleil sur les façades blanches
les vieux auxquels souhaiter, chaque soir, le même soir frais et reposant
je rêve
d'elle-soeur près de moi qui sentirait
ce que je ressens quand la nuit vient sur moi,
sa peau fraîche contre ma peau, son ombre
sur mes yeux saturés de lumière
sa main
qui arrête toute tentative de chagrin
ονειρεύομαι...
05 avril 2008
Gerakas limeni, été 2007
Le port aménagé : on s'y baigne, parmi les méduses grise, les inoffensives que les enfants du villages chassent en hurlant de peur et de dégoût, et rejettent sur le quai, le jonchant de petits tas translucides et glissants. On en plonge à grands éclats de rire, à grands cris, à grands ploufs éclaboussant ceux qui, à quai, ont tant besoin de se rafraîchir. On y nage, entre ciel et mer, mer et rocs, ciel et rocs. Le soleil plein les yeux, le soleil flottant sur l'eau juste fraîche, le soleil poursuivant les poissons des ses rais irisants.
Le port : quelques voiliers y passent la nuit, lumières et longues soirées dans les tavernes, poulpe frais et ouzo. De notre balcon, on ne les aperçoit même pas. Nous, on voit : la mer, noire, le ciel, noir, les étoiles ; la nuit, posée à même nos peaux gorgées du solein de la journée, l'air, si léger ; les enfants qui courent dans les petites ruelles, qui se cachent dans les escaliers, riant et criant de jouer dans la nuit ; les vieux qui prennent le frais.
Le village : chaulé de blanc éblouissant, allongé le long d'un bras de mer, d'un marécage salé, volets et blacons bleus, retiré. Village sans hôtel (encore), ravitaillé par des marchands de fruits et légumes en camionnette, et une fois par semaine, par le boulanger. Village où ne mène aucun car, aucun ferry, aucun avion... le bout du monde, le magnifique bout du monde...
23 mars 2008
Chagrin d'amour, 1994
Lui, c'était le Prince des Lys.
Moi, rêveuse aux poches crevées.
Il revenait de voyage, la Méditerrannée était sa maison.
J'étais là, assise à côté de lui dans ce car qui nous emmenait au sud de la Crète...
Lui, c'était le Prince des Lys.
Un vrai talent de tchatcheur. Un vrai don d'écriture.
il m'a écrit, à moi la rêveuse aux poches crevées. Il m'a écrit la mer et le sable dont il avait compté tous les grains, depuis si longtemps qu'il voyageait ! Il m'a écrit la vie, et l'amour, et l'ailleurs, le loin là-bas où tout se dit avec d'autres mots, d'autres rythmes, d'autres musiques. Il m'a écrit des lettres que je guettais avec, avec, tout ce qu'une rêveuse aux poches crevées peut mettre dans cette attente.
Le Prince des Lys.
Nous nous sommes revus un dimanche après-midi.
Il m'a montré. Montagnes venues des temps mythiques, mer qui n'a pas changé depuis Thésée, et le sable dont il avait compté tous les grains, depuis si longtemps qu'il voyageait... Il m'a montré : la mer sur les galets, caressante, le vent sur les galets, le soleil immense et la vie si simple semblait-il.
Puis il m'a fait monter, dans un paradis tapissé de bouteilles d'ouzo qui dévergonde, paraît-il, les filles un peu rêveuses. Plus de ciel soudain, plus de mer, plus de vent. Plus rien que le verre qu'il me tendait. Mais, le Prince des Lys ?
Le Prince des Lys ?
Il est à Knossos sur un mur depuis 3500 ans, il ne fait rien d'autre que de regarder les passants !
Je me suis échappée par la fenêtre.
j'ai jeté un regard sur les montagnes, sur la mer, sur le vent.
j'en aurais bien pris plein mes poches, mais elles étaient crevées.
N'empêche, que j'en ai gardés plein mes pensées...
01 février 2008
i-syrene
Loharano-mamy : source d'eau douce.
Drôle de nom pour une fille des villes. J'aurais dû naître fille des montagnes, ou fille des rizières : la première source que j'ai vue était au creux d'une rizière, dans les environs de Tananarive donc. Au creux d'une rizière, au coin de 2 diguettes, discrète, limpide.
Etait-elle habitée par une zazavavindrano ?
Je m'y suis regardée, étonnée de voir à mes pieds la réalité de mon prénom.
Loharano-mamy : source d'eau douce.
Ici à Rennes, eau de Plancoët sans doute :-)
Ici à Rennes, habitée par l'i-syrene, celle qui vous accueille à la sortie du TGV : "Rennes, i-syrene, assurez-vous de n'avoir rien oublié avant de descendre du train."
I-syrene : sirène des eaux virtuelles, sirène des eaux imaginaires, sources embouteillées, rivières déviées, fleuves à grande vitesse. Sirène qui hante mon prénom pour lui rappeler son origine : le creux d'une rizière, au coin de 2 diguettes.
04 janvier 2008
intro
i-syrene : nageuse des mers virtuelles ; i zazavavindrano : la jeune fille des eaux, virtuelle...
Lorsque j'étais petite, à Tananarive, on disait que les puits, les lacs, les cours d'eau étaient peuplés de ces jeunes filles des eaux, jeunes filles aux longs cheveux noirs, aux appétits humains, à la séduction dangereuse.
Aujourd'hui je suis grande :-) et j'habite Rennes. J'ai gardé de cette enfance... mon prénom : loharano-mamy, autre cours d'eau malgache, peuplé de zazavavindrano oniriques, mais on dit virtuelles aujourd'hui ! Voilà donc ces i-zazavavindrano, ces i-syrenes qui m'habitent en ces années 2000.
loharano-mamy