15 mars 2008
ary ny masoandro ho an i rehetra
J'allais sur le port regarder les ferries s'en aller. Illuminés. C'est fou comme c'est beau les ferries qui s'en vont, dans le soir bleu et grec... et je restais au port, ils levaient l'ancre, et c'était moi le quai, le quai de pierre qui ne bougerait pas.
Plus tard, j'allais dans les gares, sentir l'odeur des départs vers ailleurs, loin, loin. Voir partir les autres et rester le coeur suspendu sous les halles de verre, ballottant comme une baudruche accrochée à une poutre de fer, bientôt dégonflée...
J'allais, "les poings dans mes poches crevées"...
marcher, marcher, puisque marcher ne coûte rien...
marcher, ici, ailleurs, plus loin encore, sous la lumière des réverbères, phares de mes mers de bitume...
ou marcher dans le parfum des oliviers, et celui des orangers, et du jasmin aussi, du chèvrefeuille, et de la sauge, et puis du thym... sur des collines qui moutonnaient, vagues de terre aride, et toujours d'un sommet sur l'horizon : la mer, θάλασσα, la mer ! au petit matin la mer, au jour ébloui la mer, au soir si bleu la mer...
et dans les jours qui se levaient, sur Iraklio endormi, le soleil était pour moi...
le soleil était pour le monde...
29 février 2008
Routes
Emportez-moi...
Emportez-moi,
emportez-moi ô mes pieds miens-ci,
afin de rejoindre cette route,
cette route là-bas qu'abritent
les feuilles mouvantes et touffues à la fois :
il y a longtemps que je n'ai vu
mon père et ma mère.
Flavien Ranaivo, "Retour au bercail", 1962
Donc j'ai marché. J'ai marché. Sur cette route, et cette autre, et d'autres encore puisque les routes se suivent et se ressemblent. Bordées de peupliers - sans doute, de platanes, de marronniers. Asphaltées, pavées, droites ou sinueuses, tortueuses.
Aurais-je tourné en rond ?
J'ai changé d'hémisphère - sans doute, puisque les arbres ont changé, la route a changé, le ciel a changé, et le vent s'est mis à m'accompagner. Le vent, les vents, devant, derrière, de travers, brouillant mes idées, déviant mon itinéraire. Et me revoilà, là.
Aurais-je tourné en rond ?
Je n'ai revu ni mon père, ni ma mère.
Je marche encore. Le nez dans le col, les yeux sur le pavé, me protégeant du vent. Du vent, du vent debout, debout les poings devant, du vent d'ici qui boxe, et j'esquive, qui boxe, et je feinte, qui boxe ; et je recule.
Je n'ai revu ni mon père, ni ma mère.
Combien de routes pourtant ?
Combien de routes encore ?